[ Kliti des communautés ethniques empoisonnées - Kanchanaburi-Guide
[(1|oui|et{|=={sommaire}|non}|ou{1|non})

Accueil > Magazine > Géographie > Kliti des communautés ethniques empoisonnées

Environnement, nature, pollution

Kliti des communautés ethniques empoisonnées

Des populations empoisonnées par le plomb et les métaux lourds des mines dans la région de Kanchanaburi et en Thaïlande [1].
Dans le Sanctuaire de Faune et de Flore de Thung Yai Naresuan, site classé au patrimoine mondial au nord-ouest de la province de Kanchanaburi, les mines de plomb sont en train de tuer les communautés môn et karen en contaminant les sources d’eau, les rivières et la nappe phréatique.
Des paysans karen, en particulier dans le village de Lower Klity, sont morts des suites de la contamination par plomb, tandis que plusieurs douzaines de personnes, surtout des femmes et des enfants, souffrent actuellement d’intoxication aiguë pour avoir bu, avoir pêché et s’être lavées dans la rivière Klity qui coule près du village. Près de cent animaux domestiques sont morts, et les gens ne peuvent pas boire de la rivière sans tomber malades.

JPEG - 43.5 ko
Parc National Thung Yai Naresuan

Certains gardes forestiers de Thung Yai Naresuan et le Mouvement Mondial pour les Forêts Tropicales sont persuadés que la faune sauvage en a beaucoup souffert également, puisqu’ils ont vu des chevreuils et des chevrotins mourir de la même façon que le bétail.

JPEG - 37.1 ko
Thung Yai Naresuan Wildlife Sanctuary

Les mines de plomb, qui opèrent depuis cinquante ans, sont une menace majeure pour l’écosystème forestier occidental de la Thaïlande. En effet elles sont situées au milieu d’une vaste étendue de forêt tropicale intacte qui inclut le Sanctuaire de la Faune de Thung Yai Naresuan, dont l’écologie et la diversité biologique uniques au monde lui ont valu de figurer comme site du patrimoine mondial.

Bien que les mines se trouvent en dehors du sanctuaire de Thung Yai Naresuan, la contamination par les déchets toxiques se répand bien au-delà des limites des concessions minières. Les déchets de plomb non traités atteignent les sources d’eau du sanctuaire et les habitats naturels. Les camions de transport traversent régulièrement le sanctuaire en perturbant la faune.

JPEG - 75.4 ko
La nature à thong Pha Phum -Kanchanaburi
Photo de Ganeshapark (François Collier)

Au moins six mines fonctionnent ou ont fonctionné sur les limites du sanctuaire : au Nord, dans la province de Kanchanaburi, se trouvent celles de Phu Jue, Phu Mong et Kao Lee ; au Sud il y a celles de Klity, Bo Ngam, Kanchanaburi Exploration and Mining Co. Ltd. (KEMCO ou Song Thor) et plusieurs autres exploitations, à petite ou grande échelle, ainsi que des usines de traitement du minerai. Bhol and Son Co. Ltd. ou ses soustraitants, KEMCO et Lead Concentrate Co. Ltd., sont les propriétaires de la plupart des mines. L’opérateur de la mine de Klity, Bhol and Son Co., avait des liens avec un leader local puissant et avec un politicien du Parti démocrate thaïlandais soutenu par les militaires qui détiennent le vrai pouvoir en Thaïlande.

Le village et la mine de Klity Lang
JPEG - 11 ko
Tukata, enfant faible et maladif
Tukata est un des nombreux enfants du village de Lower Klity.
Sa mère, Sayumporn, s’est pendue. Elle a été la première personne à se suicider dans ce village.

Chacun des 221 habitants de Klity Lang a souffert d’empoisonnement par le plomb pour avoir bu l’eau de la rivière Klity. « Le village entier est mourant », a dit à l’époque Yasoer Nasuansuwan, chef adjoint du village, qui souffre de fatigue et de douleurs musculaires chroniques. Yasoer a précisé que les paysans ont commencé à se douter que quelque chose n’allait pas une dizaine d’année auparavant, lorsque tout le monde a présenté des symptômes identiques : douleurs dans les muscles et les articulations, fatigue, perte de l’appétit, maux de tête chroniques, inflammations et cécité. Ce sont les symptômes du saturnisme  [2]

Dans les villages karen, les ressources de subsistance ont graduellement disparu. Les poissons morts flottaient à la surface, le ventre en l’air. Les coquillages et les crevettes autrefois nombreux, avaient pratiquement disparu.
« Il y avait tant de poisson par le passé, que nous mettions le riz à bouillir avant de partir à la pêche. Avant que le riz ne soit prêt nous avions suffisamment de poisson pour le repas. Maintenant, nous pouvons passer la journée assis sans pêcher un seul poisson  », a précisé Yasoer. Les habitants ont également perdu leur bétail empoisonné par le plomb. Plus de cinquante bêtes qui ont bu à la rivière ou ont mangé l’herbe poussant sur les berges sont tombés malades, avant de mourir. Un vol entier de canards est tombé mort après un plongeon dans la rivière.

JPEG - 14.4 ko
Eglise karen
15 a 20% des 350.000 Karen vivant en Thaïlande sont chrétiens.

D’après l’étude de 1995 du Département des Ressources minérales, des dizaines de milliers de tonnes de plomb se sont déposées au fond de la rivière Klity. La teneur en plomb des sédiments, en aval de la mine, est de 165.720 à 552.380 parties par million (ppm). La norme de sécurité de la Thaïlande fixe un maximum de 200 ppm. Le Département de Contrôle de la Pollution a indiqué que le sang de 39 enfants du village de Klity contenait presque le double du niveau de plomb provoquant un dommage cérébral permanent. Les examens médicaux effectués en 1999 ont révélé que le sang des villageois contenait 110 fois plus de plomb que celui d’un adulte non intoxiqué.

Tous les enfants nés au cours de ces années ont souffert de retards mentaux. Leur croissance a été atrophiée et ils ont eu des problèmes de coordination musculaire. Deux filles sont nées sans vagin, et d’autres enfants avec des têtes anormalement grandes. « Je n’avais jamais vu de telles difformités », a proclamé Surapong, qui a travaillé avec les Karen pendant plus de vingt ans. Manumia Thongpaphumcharerd, a dit qu’elle a commencé à boiter en 1993 et qu’elle s’était souvent trouvée plongée dans un monde d’hallucinations. « C’était comme si tout devenait imprécis, je me perdais tout le temps », a-t-elle continué. Manumia est mère de cinq enfants, dont quatre ont des problèmes moteurs. Son père et son frère cadet figurent parmi les 23 personnes qui sont mortes au cours des années 90 pour insuffisance rénale. Treize, parmi les morts, étaient des enfants.

En 1998, les habitants du village de Lower Klity, en aval de la mine de Klity et de l’usine de traitement, ont présenté une plainte auprès du Département de Contrôle de la Pollution de la Thaïlande. Ils ont indiqué que l’eau résiduelle de la mine avait contaminé leur seule source d’eau, la rivière Klity. Leur bétail et leurs volailles étaient tombés malades ou morts après avoir bu l’eau de la rivière. Par la suite, le Département a mené une enquête qui a révélé que la mine ne traitait pas ses effluents et les jetait illégalement dans la rivière à l’extérieur de la concession. Le Département des Ressources minéral avait prévenu que des résidus contenant du plomb étaient entrainés par les pluies et contaminaient les eaux du bassin.

JPEG - 45.2 ko
Les Karen de Klity devant la Cour provinciale de Kanchanaburi

En 1998, le gouvernement a ordonné la fermeture provisoire [3] de la mine de Klity et de son usine de traitement. En avril 1998, la compagnie a proposé aux habitants une compensation d’environ 23.000 dollars, que les militants et les victimes ont refusée, estimant que cette somme, en elle-même insuffisante, n’était qu’une forme de refus de toute responsabilité.
Les environnementalistes thaïlandais ont vivement protesté en affirmant que la suspension temporaire d’une seule mine est loin d’assurer la santé à long terme dans la zone de la forêt de Thung Yai Naresuan et la vallée de la rivière Kwaï. Narong Jangkamol, un chercheur du groupe environnementaliste de Bangkok, la Seub Nakhasathien Foundation, a signalé que les puits de drainage, caractéristiques de la topographie calcaire de la province, sont abondants dans la zone des mines, de sorte que les eaux usées accumulées dans les étangs de sédimentation peuvent facilement filtrer vers l’eau superficielle ou souterraine, et étendre ainsi l’aire de la contamination.
Les résidents du village ont refusés d’être réinstallés. « Nos ancêtres ont essayé d’autres zones de la forêt avant de se décider pour celle-ci. Nous ne pouvons pas déménager », a affirmé Yasoer.

JPEG - 13 ko
La rivière Klity

Le 20 décembre 2010 , la Cour provinciale de Kanchanaburi a attribué des dommages et intérêts à 151 Karen dans le village reculé de Lower Klity à Thong Pha Phum et Si Sawat districts. Les villageois avaient engagé des poursuites en 2007 contre la Lead Concentrates Co pour la pollution de leur sources en eau et atteinte à leur santé. Ils réclamaient un milliard de THB

La rivière Klity se déverse dans la rivière Kwaï Yai. Des problèmes de santé ont certainement atteint et atteignent encore ceux qui habitent en aval, dans les provinces de Kanchanaburi et de Ratchaburi.

Notes

[1La pollution au plomb n’est hélas pas circonscrite à l’ouest de la Thaïlande ! [Voir par exemple la communication du Dr. Chulathida Chomchai du Thailand Environmental Institute : Survey of Lead Exposure and Contamination in Children Living in Benjarong Industrial Area of Samut Sakorn, Thailand. Samut Sakorn est sur le golfe de Thaîlande au sud-est de Bangkok.

[2Le saturnisme est l’intoxication due au plomb (Saturne est le symbole du plomb en alchimie). Les bébés, les jeunes, le fœtus et l’embryon y sont beaucoup plus sensibles que l’adulte.
Le plomb provoque des troubles qui, selon leur gravité et le moment de l’intoxication, peuvent être réversibles comme l’anémie, les coliques de plomb, les troubles digestifs…) ou irréversibles et éventuellement létaux en atteignant le système nerveux, en provoquant des cancers, de l’hypertension, des insuffisances rénales, enfin en aboutissant à des encéphalopathies et paralysies mortelles. Chez l’enfant, il ses effets très graves, dont retard mental, sont irréversibles.

[3La fermeture temporaire de la mine de Klity a été ordonnée par le Bureau des ressources minérales de Kanchanaburi, en attendant que les installations pour le traitement des eaux usées aient été améliorées. Le Département de Contrôle de la Pollution a alors détaché une équipe chargée d’inspecter l’eau et les sédiments dans la zone de Huai Klity.

Partager

Répondre à cet article

]
(|non)]